mardi, 23 juin 2009
République
De 1853 jusqu’en 1864, le département du Rhône eut pour maire et préfet Claude-Marius Vaisse, un serviteur zélé de Napoléon III, qui, « dans l’espoir de faire aimer la dictature, avait, dès son arrivée à Lyon, dressé un plan de travaux pour améliorer la circulation urbaine et faire pénétrer l’air et la lumière dans les quartiers sombres et humides du centre » , écrit l’historien Kleinclausz (Histoire de Lyon, tome III, Librairie Pierre Masson, Lyon, 1952). Le fleuron de ces travaux fut sans conteste le percement de la rue Impériale, reconvertie, par la suite en rue de la République, « dont les beaux candélabres, les cafés somptueux, la fontaine aux eaux jaillissantes donnèrent aux bourgeois d’alors l’impression d’en finir enfin avec la vieille cité médiévale aux rues populaires, tortueuses et mal éclairées.» Point de vue contesté par la vox populi, si l’on en croit ce témoignage d’Henri Béraud, qui fut, dans son enfance, le témoin fasciné de l’ampleur de ces travaux :
« Un quartier en démolition, ah ! mais tout un quartier, une entière paroisse, grande comme un chef-lieu de canton. Il n’en restait qu’un vaste éboulis. (…) Peu à peu, des maisons neuves s’alignaient sur les beaux vestiges du quartier Grolée. Il en résulta une avenue si large et si claire que les Lyonnais ne se décidèrent jamais à y passer ».
Lyon modernisée ? Lyon vandalisée ? Le débat fit rage, opposants les tenants de la modernité hygiéniste aux vieux érudits du « Lyon de nos pères » On accusa le préfet Vaisse de construire ces larges avenues pour en finir avec les vieilles ruelles en zigzags, promptes à se changer en barricades. On l’accusa aussi d’aller contre le mouvement du soleil en bâtissant de nord en sud et non pas d’est en ouest, et de fait, sa rue Impériale, même devenue rue de la République, est rarement inondée de soleil : «Et on appelle tout ce tumulte d’alignements inconnus, tous ces changements de décoration à vue, embellissement, assainissement, magnificence. Oui, l’air et la lumière inonderont la rue Impériale ; mais, dans nos villes méridionales, les rues larges offrent l’inconvénient d’être exposées sans défense aux bourrasques de l’arrière-saison et aux ardents soleils du soleil d’été. Ces grandes voies droites sont commodes, belles même, mais monotones et froides. Et à quel prix les obtenons-nous, au prix du caractère historique de la cité, des ses mœurs conservées, de son type, de son esprit public, de sa nationalité. Oui, encore un coup, la civilisation croulera à pleins bords dans cette rue ; mais je crains bien, moi, que la barbarie ne trouve, pour envahir la métropole lyonnaise, les mêmes facilités que la civilisation ; je crains bien que le charlatanisme, la rouerie, l’égoïsme de Paris ne fassent plus vite irruption, et n’achèvent de ruiner la physionomie locale » (Joseph Bard, Bulletin d'archéologie locale).
Avec le temps, ces premières réticences disparurent et la rue de la Ré s’installa dans le cœur des gens. Voici un beau témoignage de Jean Reverzy, que je pioche dans A la recherche d’un miroir : « A l’époque que nous évoquons, la jeunesse triste et humblement vêtue avait pris l’habitude d’arpenter la rue de la République à la fin de l’après-midi, les mains aux poches et un cahier de cours sous le bras. Nous allions par petits groupes, coude à coude, en causant à voix basse. La promenade sans but, d’un bout à l’autre de la rue, refaite dix fois, durait jusqu’au soir. Chaque visage rencontré était familier ; nous levions parfois les yeux sur une jeune fille, sans aller jusqu’à lui sourire : telles furent nos amours enfantines, dans un monde qui semblait et mourir d’ennui et de silence : cela s’appelait faire la rue de la Ré…"
Faire la Rue de la Ré, ces mots-là, tous les Lyonnais les ont dits un jour. Pour y accéder, on prenait donc sa ligne O.T.L. (Office des transports lyonnais), le samedi après midi pour aller « en ville » : aux Terreaux, par exemple, ou bien à Bellecour. Ou encore aux Cordeliers. Dans tous les cas, on faisait la rue de la Ré, véritable parcelle d’un territoire conçu pour monsieur et pour madame, pour chacun et pour chacune : la presqu’île, dont la République et le monument érigé à son président assassiné était le centre, dont la rue de la Ré était le nerf, connut son heure de gloire dans les années cinquente/soixante. Durant les fêtes, du huit décembre à la Saint-Sylvestre, on s’y traînait en famille parmi des odeurs de brioches et de marrons chauds, dans la cohue de ses trottoirs parsemés de sapins enguirlandés, et les klaxons de sa chaussée qu’empruntaient les trolleys de la ligne 7 : Walt Disney était à l’affiche du Cinéjournal, John Wayne à celle du Majestic, Ben-Hur et Scarlett O’Hara à celle du Pathé : un véritable centre ville dans lequel le Pathé et le Progrès (aujourd’hui la Fnac), les brasseries (bar Américain, Tonneau, la Paix…), les sièges opulents des banques, les commerces et les grands magasins (Aux deux passages) distillaient savamment des ambiances citadines inoubliables. Avec la construction du centre commercial de la Part-Dieu, la rue de la ré perdit ce caractère de centre ville exclusif et avec celle du métro, elle devint piétonne.
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mardi, 26 mai 2009
Xavier Privas
Xavier Privas, de son vrai nom Antoine Taravel, est né à Lyon, le 27 septembre 1863. Son acte de naissance indique qu’il a vu le jour rue de l’Impératrice (aujourd’hui de l’Hôtel de ville), au 27, à l’angle de la rue Ferrandière. Il est mort à Paris le 6 février 1967, en un petit appartement de la rue La Fontaine. Il perdit sa mère peu après sa naissance. Son père, régisseur d’immeubles, le plaça en pension à la Mulatière, à l’Institution Notre-Dame-des- Anges, que dirigeait le père Lafay. « Je dois à ces braves gens, écrivit Privas, tout ce qu’au milieu des luttes féroces et des désillusions fréquentes j’ai conservé de bon en moi : l’amour de mes semblables, le mépris de la haine, et la foi dans le pardon ». Au lycée de Lyon (Ampère) où il poursuivit ses études, il se fit remarquer par plusieurs fugues et dut terminer son second cycle au lycée de Bourg. C’est durant ces années qu’il commença à gribouiller des vers et des articles pour les Annales Lyonnaises et la Vie lyonnaise, deux revues mondaines et littéraires. C’est alors qu’il choisit son pseudonyme : « C’était le jour de la Saint Xavier (3 décembre), dira-t-il, et le journal venait de recevoir une lettre de Privas. »
Le 11 mai 1888, Camille Roy fondait à la suite d’un banquet offert à Gustave Nadaud le Caveau Lyonnais dont le siège demeura longtemps à la Brasserie Corrompt. Privas, alors âgé de vingt-cinq ans, y accourt et commence à y chanter ses chansons. A l’époque, on dit de lui «il fait l’effet d’un vigoureux carme ayant laissé la froc pour se faire officier de cavalerie, puis quitté l’habit militaire pour l’habit noir, cet uniforme civil. Il a la gravité indulgemment souriante et l’air bon vivant du premier, et la prompte riposte du second à l’occasion. Il n’a qu’une passion : l’amour des la chanson et de la femme ; qu’une haine, celle de la médiocrité et de la bêtise ». Grâce à Gustave Nadaud qui vient régulièrement à Lyon et au caveau, Privat est repéré et, au début de décembre 1892, avec trois cents francs en poches, il monte à Paris. Epaulé par ses amis, il passe au Caveau du Soleil d’Or, place Saint-Michel, au dîner de la revue d’avant-garde La Plume et rencontre Verlaine, Coppée, Moréas et Tailhade. Grâce à la bienveillance de Verlaine, pour qui Privas aura une reconnaissance sans borne, il prend confiance en son destin. Le voici au Chat Noir de Salis, aux Quat’Arts, aux Noctambules…
Lorsque mourut le pauvre Lélian, le prince des Poètes, les prosateurs jugèrent bonne l’idée d’avoir aussi leur prince (ce fut Anatole France) et les chansonniers furent du même avis : ce fut Xavier Privat qui emporta la couronne. Parmi l’œuvre de Privat bon nombre de chansons lyonnaises (La chanson de Lyon, album paru en 1928, en regroupe plusieurs, dont la célèbre A la plate). Bon nombre aussi de textes, à présent injustement oubliés, tel celui-ci :
Aux rimeurs errants,
Je lègue et confie
Mon arme : ironie
Pour cingler les grands
Au frère qui traîne
Et misère et peine
Par villes, par champs,
Je lègue mes chants
Dont les airs touchants
Calment, des méchants,
La haine...
Une simple rue du huitième arrondissement rappelle à Lyon l’existence de ce chansonnier dont la vie, haute en couleur, est le symbole riant et partageux de toute une époque. C'est bien peu, quand on y songe.

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dimanche, 24 mai 2009
Charles Dullin
L'imagination de l'enfant Dullin, dans la montagne savoyarde de la fin du siècle dernier, s'échauffait à voir paraître les colporteurs chargés de leur boîte et son lot de menues marchandises. La boîte à merveilles s'est métamorphosée en théâtre pour l'élève comédien du Conservatoire de Lyon, pensionnaire, en 1905, des salles de quartier parisiennes où l'on jouait le mélodrame, et le compagnon de Jacques Copeau dans la grande réforme théâtrale que celui-ci entreprit en fondant en 1913 le Vieux-Colombier.
En 1921, devenu chef de troupe, Dullin fait du vieux Théâtre Montmartre sa propre boîte à merveilles, à l'enseigne de L'Atelier, où il crée en 1927 Chacun sa vérité de Pirandello. La même année, le 6 juillet exactement, Dullin fonde avec Gaston Baty, Louis Jouvet et Georges Pitoëff, le Cartel, une association par laquelle les quatre metteurs en scène se jurent une solidarité économique et un soutien artistique sans failles.
Ainsi se déroule l'aventure originale de Charles Dullin, une des plus belles et des plus fécondes de la première parte du vingtième siècle, une des plus émouvantes aussi, car elle est soumise aux épreuves qu’entraine le risque de la recherche. Dullin ne cède pas et poursuit son combat avec ce tempérament généreux, cet appétit de la vie, la passion de son art et le charme qui émane de sa personne.
Il prend des initiatives qui seront à la base de la politique de décentralisation et de théâtre populaire. « jardinier d'hommes » a dit de lui Jean-Louis Barrault, son élève, comme l'ont été Jean Vilar, Jean-Marie Serreau, Jean Marais, Madeleine Robinson, Marcel Marceau, Jacques Dufilho, Alain Cuny... parmi tant d'autres.
Avec eux tous, avec ceux des nouvelles générations qui ont recueilli sa leçon, Charles Dullin, disparu en 1949, n'a cessé depuis d'animer la vie théâtrale française à travers ceux qui se sont revendiqués de son œuvre.
Henri Béraud a souvent raconté les anecdotes de la vie de bohème et de vache enragée qu’il partagea, à Lyon puis à Paris, avec Charles Dullin et Albert Londres : « On le retrouva longtemps au Lapin-Agile, où il disait des vers pour un écu et une écuelle. Un soir, Robert d’Humières, directeur du théâtre des Arts, est assis devant un bock. Sur le tréteau, Dullin récite une balade de Villon. Ce masque douloureux, cette voix poignante, cet art sûr, voilé, attentif et discret, fascinent l’homme qui s élève, tend la main à l’acteur… C’est est fait. La roue a fait son tour : Dullin est sauvé et, avec lui, l’une des forces véritables de notre génération ».
La rue Charles Dullin donne sur la place du théâtre des Célestins, dans le deuxième arrondissement de Lyon. Dullin a passé son adolescence dans cette ville et est souvent revenu jouer aux Celestins. Son souvenir est encore vivace entre Rhône et Saône. Ci-dessous, l’un des rôles phares de l’immense comédien : Harpagon, de Molière.

00:32 Publié dans Comédiens, chansonniers | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : charles dullin, lyon, atelier, vieux colombier, célestins, théâtre, l'avare
vendredi, 17 avril 2009
Jacquard
Joseph Marie Jacquard naquit à Lyon, le 7 juillet 1752. Il fut d’abord tailleur de pierres à Couzon, le bourg paternel. Lorsque son père vendit son domaine pour devenir tisseur, il acheta plusieurs métiers. Jusqu’alors, le tissage des étoffes brochées se faisaient à la main. Les fils de chaîne – entre lesquels on passait des fils de trame polychromes du dessin - étaient soulevés par des « tireurs de lacs », le plus souvent des enfants. Jacquard emplit cette fonction dans l’atelier paternel, et réfléchit à un moyen de mécaniser le travail. A partir de l’observation des recherches antérieures, notamment celles de Vaucanson, il mit sur pied une machine brevetée en 1801. Le dispositif de Jacquard permit de lever automatiquement les fils grâce à 4 éléments : la traverse, les aiguilles horizontales, le carré mobile et les cartes perforées, un peu comme dans un orgue de barbarie. Ces perforations déterminaient l’exécution du dessin. Un métier Jacquard supprimait cinq tireurs de lacs, et la machine ne fut pas accueillie partout avec des cris de joie parmi les tisseurs. Il reçut même des menaces de mort. En 1807, la ville de Lyon lui acheta pour 8000 francs de rente le droit de disposer de son invention. Il se retira à Oullins où il mourut le 7 août 1834.
La statue de Jacquard (œuvre de Foyatier) trône à présent sur la place de la Croix-Rousse, après que le sergent Blandan a été érigé place Sathonay où il se trouvait initialement. On raconte que Napoléon, qui visitait l’Exposition des produits industriels de Lyon au Palais Saint-Pierre le 12 avril 1805, se fit expliquer par l’ingénieur lui-même tous les détails du fonctionnement de la mécanique, puis le décora en personne de la Légion d’Honneur. On peut d’une certaine façon voir dans le traitement de l’information des mécaniques Jacquard l’ancêtre de l’ordinateur. La rue Jacquard débute au cœur de la Croix-Rousse, place de Tapis, et rejoint la rue Philippe de La Salle.
« On rencontrait parfois, dit M. Constantin Zukowski, un grand vieillard courbé par l’âge, revêtu d’une longue redingote à la boutonnière de laquelle pendait la Légion d’Honneur, qui se promenait lentement sous les tilleuls d’Oullins : c’était Jacquard. Il penchait la tête sur une de ses épaules, et son visage décharné empreint d’une langueur triste prouvait la trace de ses longues souffrances et de son labeur opiniâtre. De temps en temps, le vieillard s’arrêtait dans sa promenade et il prêtait l’oreille aux vagues rumeurs qui montaient de la cité, portées par le vent du nord. Elles lui apportaient le bruit des innombrables métiers à soie auxquels il avait donné le mouvement de la vie. C’était sa postérité à lui. Alors le vieillard souriait doucement en pensant à ses concitoyens qui l’avaient si longtemps méconnu et que sa mécanique enrichissait à présent. Il reprenait sa promenade et son rêve ininterrompu ».

Joseph Marie Jacquard présente son métier à Napoléon.
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samedi, 04 avril 2009
Morellet
On a donné à cette rue du sixième arrondissement le nom du philologue et littérateur abbé Morellet, né à Lyon le 7 mars 1727, dans une famille de marchand papetier, où il fut l'ainé de quatorze enfants. Élevé chez les jésuites, il se passionna très tôt pour l'écriture et la rhétorique, auprès de son régent l'abbé Fabri. A l'âge de quatorze ans, son père l'envoya au séminaire des Trente Trois à Paris pour achever ses études. Au début de sa carrière, dans les années 1750, l'abbé Morellet est séduit par les idées audacieuses des Lumières. Il collabore à l'Encyclopédie ( articles Fils de Dieu, Foi, onomatopée, gomariste ...) et fréquente Turgot, M de Malesherbes, Diderot, d'Alembert. A la mort de Benoit XIV, il part à Rome pour assister au conclave qui s'y tient. C'est là qu'il découvre et traduit Le Manuel des Inquisiteurs de Nicolas Eymerich,, qui parut en 1762. De retour à Paris, il ré-intègre la vie mondaine et le cercle des philosophes, où Voltaire le surnomme "l'abbé Mords-les" Après avoir assisté à la première de la fameuse comédie des Philosophes de Palissot (dont Diderot parle dans Le neveu de Rameau), il écrit une violente diatribe contre l'auteur qui lui vaudra deux mois de Bastille en été 1761. Mois qu'il mit à profit en fréquentant assidument la bibliothèque de la Bastille. Outre quatre-vingt dix romans survolés, il lut alors Les Essais philosophiques de Hume, Tacite en entier et deux fois Agricola. Au livre X des Confessions, Jean Jacques Rousseau donne quelques détails de cette aventure. Effrayé par les événements révolutionnaires, Morellet gagne ensuite le parti de la réaction.
Sa nièce, Madame Chéron, a tenu grâce à lui un véritable cercle littéraire à Lyon . Il a eu de véritables querelles avec certains de ses contemporains, notamment Geoffroy et Grimm. Il fut reçu à l'Académie Française le 28 avril 1783. Lorsque l'Académie ferma, en 1792, c'est lui qui sauva les registres de délibérations, le manuscrit du Dictionnaire et les titres de la Compagnie qu'il remit, en 1803, à l'Institut : cela vaut bien une plaque de rue !
"Arrivé à l'âge de soixante-dix ans, et une époque où je ne suis plus très éloigné du terme de ma carrière, que les troubles au milieu desquels nous vivons peuvent d'un moment à l'autre abréger encore, je veux profiter du temps qui me reste pour jeter un coup d'oeil en arrière sur le chemin que 'ai fait dans la vie, me rappeler les obstacles que j'y ai rencontrés, les moyens qui m'ont aidés quelquefois à les vaincre, les liaisons que j'ai formées, le caractère des hommes de quelques valeur que j'ai connus, les affaires de quelque importance publique auxquelles j'ai pris une faible part, enfin les événements de ma vie privée, et l'ordre de mes travaux littéraires." Ainsi débutent les mémoires de l'abbé Morellet, qui ne parurent qu'en 1821. L'abbé Morellet mourut à Paris en 1829

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dimanche, 29 mars 2009
Barodet
Jusqu'au 16 mars 1908, date à laquelle elle prit le nom de Désiré BARODET (1823-1906), cette rue du quatrième arrondissement portait le nom de petite rue d'Enfer. Le premier fait d'armes de Désiré Barodet fut d'avoir été révoqué par M. de Falloux de ses fonctions d'instituteur dans l'Ain en 1949, du fait de ses convictions républicaines. Le 4 septembre 1870, il fut de ceux qui proclamèrent la déchéance de l'Empire et la République, à l'Hôtel de Ville de Lyon, huit heures avant Paris. Élu conseiller municipal, il devient le premier adjoint au maire Jacques Hénon. A la mort prématurée de ce dernier, le 23 avril 1872, Désiré Barodet est désigné comme maire à sa place. Dans le journal La Mascarade du 28 avril 1872, on relate en ces termes son accession : "Sans contredit, M.Barodet manque un peu de prestige : la mairie de Lyon n'avait jamais dû lui apparaître jadis que sous une forme de rêve lointain; et, comme il n'est pas tout fait sot, il doit rire un peu, dans sa belle barbe, de se voir si rapidement arrivé à un poste qui a un certain renom, dans une ville de 400.000 habitants."
De la mairie de Lyon, Désiré Barodet dut démissionner rapidement, l'Assemblée nationale ayant décidé, le 4 avril 1873, la suppression de la mairie centrale de Lyon. Une carrière politique nationale s'ouvre alors à lui : Le 27 avril 1873, il est élu député de la Seine contre le ministre des Affaires Etrangères et ami de Thiers, Charles Rémusat, par 180.000 voix contre 135.000. C'est sur sa proposition que s'ouvrirent, en 1889, les portes du Panthéon pour recevoir les cendres de Lazare Carnot, de Hoche, de Marceau. Il est connu comme l'auteur d'un dictionnaire des professions de foi établies par les candidats au début de leurs législatures, qui porte désormais son nom, le Barodet. Selon Barodet, le rappel des engagements pris par les députés lors de leur campagne électorale doit permettre de répondre aux « deux questions que doit se poser toute assemblée délibérante au début de ses travaux » : Qui sommes-nous ? Et Pourquoi sommes-nous ici ?
Dès l'origine, cependant, le Barodet a été critiqué par ceux qui y voyaient l'expression d'un mandat impératif. "Les électeurs, a-t-on dit, ne votent pas pour les multiples détails plus ou moins cohérents d'un programme, mais pour la tendance générale qui s'en dégage. La majorité gouvernementale ne peut d'ailleurs résulter que d'un compromis conclu entre les différents programmes soumis aux électeurs." De nos jours, l'appartenance de la plupart des candidats à des partis structurés, dotés de programmes précis et contraignants à réduit la portée de ce débat. La même évolution a fait perdre beaucoup de leur variété, et de leur pittoresque, aux « professions de foi » reproduites dans le « Barodet », qui tend à n'être plus qu'un recueil de déclarations identiques, à quelques variantes locales près, pour les candidats de chaque parti.
Barodet fut constamment réélu jusqu'en 1896, date à laquelle il devint sénateur. Retiré de la vie publique, il se vit offrir des postes fort bien rétribués qu'il refusa, disant qu'il ne croyait avoir droit à autre chose qu'à une compensation au titre d'instituteur autrefois révoqué pour des opinions républicaines. Il accepta, sous cette forme, une très modeste charge de receveur-buraliste dans un canton rurale. Il mourut le 22avril 1906. Conformément à ses derniers vœux, il est enterré au cimetière de la Croix- Rousse.

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vendredi, 27 mars 2009
Baraban
En patois lyonnais, les barabans sont des pissenlits. "De barbanum, lui-même issu de barba, probablement à cause de ses têtes à aigrettes poilues," nous apprend Nizier Puitspelu et son Littré de la Grande Cote. Le chemin de Baraban appartenait jadis à un domaine dit de la « Corne aux Cerfs »., avant de devenir une rue populeuse avec l’industrialisation du quartier, comme on le voit sur la carte postale ancienne. En novembre 1970 s’ouvrit une patinoire où le champion olympique Gwendael Peizerat fit ses premiers pas (cela se dit ?) sur la glace.

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