dimanche, 24 mai 2009
Charles Dullin
L'imagination de l'enfant Dullin, dans la montagne savoyarde de la fin du siècle dernier, s'échauffait à voir paraître les colporteurs chargés de leur boîte et son lot de menues marchandises. La boîte à merveilles s'est métamorphosée en théâtre pour l'élève comédien du Conservatoire de Lyon, pensionnaire, en 1905, des salles de quartier parisiennes où l'on jouait le mélodrame, et le compagnon de Jacques Copeau dans la grande réforme théâtrale que celui-ci entreprit en fondant en 1913 le Vieux-Colombier.
En 1921, devenu chef de troupe, Dullin fait du vieux Théâtre Montmartre sa propre boîte à merveilles, à l'enseigne de L'Atelier, où il crée en 1927 Chacun sa vérité de Pirandello. La même année, le 6 juillet exactement, Dullin fonde avec Gaston Baty, Louis Jouvet et Georges Pitoëff, le Cartel, une association par laquelle les quatre metteurs en scène se jurent une solidarité économique et un soutien artistique sans failles.
Ainsi se déroule l'aventure originale de Charles Dullin, une des plus belles et des plus fécondes de la première parte du vingtième siècle, une des plus émouvantes aussi, car elle est soumise aux épreuves qu’entraine le risque de la recherche. Dullin ne cède pas et poursuit son combat avec ce tempérament généreux, cet appétit de la vie, la passion de son art et le charme qui émane de sa personne.
Il prend des initiatives qui seront à la base de la politique de décentralisation et de théâtre populaire. « jardinier d'hommes » a dit de lui Jean-Louis Barrault, son élève, comme l'ont été Jean Vilar, Jean-Marie Serreau, Jean Marais, Madeleine Robinson, Marcel Marceau, Jacques Dufilho, Alain Cuny... parmi tant d'autres.
Avec eux tous, avec ceux des nouvelles générations qui ont recueilli sa leçon, Charles Dullin, disparu en 1949, n'a cessé depuis d'animer la vie théâtrale française à travers ceux qui se sont revendiqués de son œuvre.
Henri Béraud a souvent raconté les anecdotes de la vie de bohème et de vache enragée qu’il partagea, à Lyon puis à Paris, avec Charles Dullin et Albert Londres : « On le retrouva longtemps au Lapin-Agile, où il disait des vers pour un écu et une écuelle. Un soir, Robert d’Humières, directeur du théâtre des Arts, est assis devant un bock. Sur le tréteau, Dullin récite une balade de Villon. Ce masque douloureux, cette voix poignante, cet art sûr, voilé, attentif et discret, fascinent l’homme qui s élève, tend la main à l’acteur… C’est est fait. La roue a fait son tour : Dullin est sauvé et, avec lui, l’une des forces véritables de notre génération ».
La rue Charles Dullin donne sur la place du théâtre des Célestins, dans le deuxième arrondissement de Lyon. Dullin a passé son adolescence dans cette ville et est souvent revenu jouer aux Celestins. Son souvenir est encore vivace entre Rhône et Saône. Ci-dessous, l’un des rôles phares de l’immense comédien : Harpagon, de Molière.

00:32 Publié dans Comédiens, chansonniers | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : charles dullin, lyon, atelier, vieux colombier, célestins, théâtre, l'avare











Commentaires
Très heureuse de votre "retour"...avec Dullin, Béraud, Albert Londres. Merci! Vous repartez pas au moins?!?
Ecrit par : Sophie L.L | dimanche, 24 mai 2009
Toute la suavité d'une cassette bien pleine est dans ce regard...
Ecrit par : solko | dimanche, 24 mai 2009
La rue Charles Dullin ... Vous titillez ma curiosité baladeuse . Voilà une rue que je ne connais pas du tout. j'irai "armée" et vous en donnerai des nouvelles ;-)
(Avant, j'espère, votre billet en 2010 sur la place Dalida ;-)
Merci pour ce billet.
Ecrit par : frasby | lundi, 25 mai 2009
@ Sophie : C'est un retour en bonne compagnie
@ Solko : Et dans cette main qui s'en saisit... Nous avons tous rêvé, nous qui sommes nés trop tard, de rencontrer ces Grands.
@ Frasby : Si vous passez rue Charles Dullin, allez sur la place des Célestins boire un coup à sa santé et à la mienne chez Francotte. C'est un café qui a gardé un peu du charme de l'époque de Dullin, il doit y avoir sa photo accrochée à un mur, peut-être. En tous les cas, sûr que vous marcherez sur des dalles sur lesquelles il aura posé le pied !
Ecrit par : M.Rivière. | lundi, 25 mai 2009
Moi aussi, très heureuse de vous retrouver.
Deux surprises agréables dans votre billet.
Je découvre une rue Dullin à Lyon dont j'ignorais l'existence.
Et j'ignorais que Dullin était savoyard : les colporteurs existaient encore dans mon enfance, quelle merveille quand on les voyait arriver.
Ecrit par : Rosa | jeudi, 28 mai 2009
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